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Pascal Girault
Jeudi 18 mai 2006

    Les photos et les textes de cet article sont extraits d'un travail actuellement en cours sur les
    mégalithes en France pour un ouvrage.





    Préambule: L’homme du néolithique

    Le Néolithique est une période de la préhistoire s’étalant en Europe entre 6000 et 2400 années avant J.C.. Ce « nouvel âge de la pierre » marque un tournant décisif dans l’histoire humaine : la sédentarisation. Auparavant, l’Homme vivait de la pêche, de la chasse, et de la cueillette ; l'homme devient désormais pasteur, forestier, défricheur, paysan, mineur, artisan spécialisé, commerçant, bâtisseur.

    La néolithisation de l’Europe s’est faite de manière progressive et lente par deux courants bien distincts.  La vague méditerranéenne ou cardiale, d’une part, est partie de Grèce et a colonisé le pourtour méditerranéen. Elle est caractérisée par des poteries décorées à l’aide d’un coquillage, le cardium . Et la vague danubienne ou rubanée, d’autre part, partie des Balkans, colonisa la Pologne, l’Allemagne, la Belgique, la Hollande et la partie septentrionale de la France. Elle est caractérisée par des céramiques ornées de bandes incisées. L’assimilation de ces cultures se firent sûrement en douceur par diffusion d’idées et par une pression démographique. Elle fut très lente. Certains auteurs estiment que la progression de ces courants était de l’ordre de 25 kilomètres par génération.  Ces vagues s’achèveront vers la fin du 5ème millénaire avant J.C. Une nouvelle culture apparaîtra alors avec des poteries moins décorées dérivées du Cardial : le Chasséen.



reconstitution toute théâtrale d'un scène de vie au néolithique


    La sédentarisation de l’homme préhistorique entraîna des modifications socio-économiques sans précédent. De nouvelles activités apparurent. Il y eut premièrement l’apparition de l’agriculture et de l’élevage qui remplacèrent (pas totalement) la cueillette et la chasse. En agriculture, l’homme acquit des connaissances nouvelles et inventa des techniques novatrices. Il apprit à sélectionner les semences, à vivre avec les saisons, à préparer les champs, à les fertiliser, à irriguer des terres arides, à stocker les récoltes. Le travail de la terre nécessita l’invention ou l’adaptation d’outils existants. Ainsi, apparurent le bâton à fouir et la houe. L’araire est venu un peu plus tard avec la domestication des bœufs comme bêtes de labour. Le traitement des céréales nécessita l’emploi de meules et de molettes.
    En parallèle de l’agriculture apparut l’élevage. Au début, cette activité était nomade. L’homme se pliait aux exigences physiologiques des troupeaux et n’intervenait que pour l’abattage en fonction de ses besoins. On ne parlera vraiment d’élevage qu’à partir du moment où l’homme contrôlera la reproduction du troupeau. La domestication commença par les chèvres, puis les moutons et enfin les bœufs. L’éleveur devint également capable de nourrir ses bêtes grâce au fourrage fourni par la culture céréalière. Le chien fut également très tôt domestiqué et dressé comme auxiliaire pour la garde des troupeaux.
Ces modifications eurent de grandes conséquences sur les conditions de vie de l’homme du néolithique.  Le régime alimentaire se trouva totalement bouleversé: les céréales devinrent la base essentielle de la nourriture. Les troupeaux étaient des sources de protéines moins aléatoires que la chasse, et de calcium au travers de nouveaux produits laitiers. En parallèle, tout un artisanat se développa progressivement. Le néolithique vit apparaître les premiers métiers à tisser la laine. Le travail de la peau se développa. Et, vers 6000 avant J.C., les premières poteries apparurent. Cette invention essentielle est fortement liée à la sédentarisation. Ces récipients non périssables permettent de stocker liquide, farine, et graine et de faire chauffer des liquides.
Socialement, les mutations dues à la sédentarisation furent sans précédent dans l’histoire de l’Homme. Des micro-structures villageoises bien hiérarchisées se créèrent . Les fouilles archéologiques ont pu mettre en évidence l’existence dans ces villages de bâtiments à destination bien distincte : commandements, collectifs, cultuels, simple habitat. Les activités de chacun deviennent de plus en plus spécialisées. Un individu, autrefois autonome, devient dépendant du groupe auquel il appartient.  C'est dans ce contexte qu'apparurent les premiers mégalithes, les plus anciens remontant au Vème millénaire avant J.C.





    Dolmen et tumulus


    En breton, dolmen signifie « table de pierre ». La structure la plus simple est composée de deux pierres, au minimum, plantées verticalement et recouvertes d’une dalle de couverture .  Le dolmen simple est aujourd’hui, le type le plus répandu en raison de la destruction partielle de nombreux sites. C’est l’élément de base de toutes les architectures dolméniques. Mais il n'est en fait que le "squelette" de structures plus complexes  que sont les tumuli et autres cairns. Malgré toutes les études archéologiques menées à ce jour, de nombreuses interrogations demeurent, mais les spécialistes sont tous d'accord sur le fait qu'ils s'agissent de sépultures.







Dolmen de Neuville du Poitou (Vienne)



















"mini" dolmen de Saint Hilaire la Gravelle (Loir et Cher)



















Le dolmen de la Bajoulière, à Saint Rémy la Varenne, est l'exemple type du dolmen
de type angevin. Il se caractérise par un court portique d'entrée suivi d'une
antichambre qui précède la chambre funéraire. Il est composé d’une vingtaine de bloc
de grès. La dalle de couverture à elle seule dépasse les soixante tonnes. Ses
blocs proviennent des alentours, les affleurements gréseux étant très nombreux.
Un petit détour dans le bois voisin permet de découvrir un paysage chaotique de bloc de grès.







Anti-chambre du dolmen de la Bajoulière. A droite on aperçoit le Portique d'entrée
et à gauche l'entrée de la chambre funéraire










Chambre sépulcrale du dolmen de Bajoulière




















Vue intérieure du dolmen de type angevin d'Essé (Ille et Vilaine): La Roche aux Fées.
Il est composé d’une quarantaine de blocs de schiste pourpre et dépasse les 20
mètres de long. La chambre principale longue de 14 mètres est elle-même subdivisée
en quatre chambres par des blocs qui font saillie à l’intérieur. Nombre de monuments
mégalithiques sont entourés de légendes, celui-ci n'échappe pas à la règle:
"Il a été construit par les fées et celui qui le détruira mourra dans l'année. Ce travai
de titan, les fées le firent tout naturellement en apportant les pierres d'une carrière
distance de cinq kilomètresdans leur tablier."
"Si on compte les pierres plusieurs fois de suite, on ne trouvera jamais le même
chiffre, car les fées déplacent les pierres, en retirent une, en ajoutent une...".
"Elle permet aux amoureux de savoir si ils sont faits l'un pour l'autre. Il suffit
pour cela que le jeune homme fasse le tour de la roche par la droite et la jeune fille
par la gauche tout en comptant le nobre de pierres. Quand ils se retrouvent, ils leur
suffit de comparer le résultat: s'ils ont trouvé le même nombre, l'avenir leur sourira,
si la différence n'est que de deux, ils peuvent encore espérer, mais si elle est plus grande,
mieux vaut qu'ils se séparent...".




















Le plus grand dolmen de France, la Grande Pierre Couverte de Bagneux, près de
Saumur (Maine-et-Loire) est également de type angevin. Malheureusement,
son portique a pratiquement disparu. Il dépasse néanmoins les 23 mètres de
long et la chambre principale les 18 mètres.


















Le dolmen des Champs Fleuris possède une particularité des plus insolites. Il a été
transformé en habitat au 19ème siècle. On y a même aménagé une cheminée.
Mais il s'agit bien d'une authentique sépulture néolithique. Il existe bien
d'autres exemples de réappropriation de dolmen. A Saumur, on peut apercevoir
un ancien dolmen transformé en cabanon de jardin. Près de Thouars, un dolmen
a longtemps servi d'abri de chasse. A Gennes, le dolmen de la
Madeleine (photo suivante) a été transformé en fournil...



Intérieur du dolmen de la Madeleine à Gennes (Maine et Loire). Cet édifice de type
angevin a servi de fournil comme en témoignent les restes d'un four à pain.
















Cette allée couverte  fait partie de l'ensemble mégalithique de Liscuit situé sur la commune de
Laniscat (Côte d'Armor). Le sol de ce monument est recouvert d'un dallage en pierre.




















Dolmen de la Chapelle Vendômoise (Loir et Cher)

























Le dolmen de la Pierre Couverte à Dénezé sous Doué (Maine et Loire) est en partie détruit.
Plusieurs de ses pierres ont servi à l'édification d'un pont.


























Dolmen de  Villiers au Bouin    (Indre et Loire)




















Dolmen de Ligré (Indre et Loire)





















Ce dolmen sans dalle de couverture se trouve sur les hauteurs
de Lalonde des Maures (Var).
























Un des dolmens de type angevin du site de la Frébouchère au Bernard (Vendée).


























Le dolmen de la Contrie est une allée couverte de 8 mètres de long. Ernée (Mayenne)




















L'Hostié de Viviane est localisé sur la commune de paimpont (Ille et Vilaine)
au coeur de la forêt légendaire de Brocéliande. Ce petit dolmen sans dalle
de couverture n'est pas sans rappelé les cistes primitifs dont la chambre
funéraire était délimitée par des dalles dans le sol et le tout recouvert,
empêchant pat la même tout accès.























Sépulture à entrée latérale de la hutte aux Gabelous à Saint Mars sur la Futaie (Mayenne)
Daté du 3ème millénaire avant JC , le cairn est entouré par un péristalithe,
c'est à dire une ligne de pierre qui enserre le tumulus, sans doute dans le but
d'assurer la stabilité de l'édifice.























Dolmen ruiné des Varennes de Cumeray près du Thoureil (Maine et Loire).
Les accacias qui sont tous tordus donnent au lieu un aspect mystérieux,
angoissant pour certains...


















L'allée couverte "La Maison des Fées" située au coeur de la forêt du Mesnil sur la commune de Tressé (Ille et Vilaine) est surtout connue pour ses représentations de la "déesse mère". En effet sur l'une des dalles, on peut apercevoir deux paires de seins, du moins c'est l'interprétation que l'on donne généralement.
















































Ce curieux monument est le tombeau d'un "archéologue" du 19ème siècle qui
fit démonter un dolmen et transporter les pierres jusqu'au cimetière de
Confolens (Charentes). Cet homme faisait peut-être parti du mouvement de la
celtomanie, très en vogue à l'époque, qui pensait que les dolmens étaient des
tables à sacrifice. Peut-être a t'il voulu sacrifié sa vie à l'archéologie?!!!
























Dolmen d'Arçay, près de Loudun (Vienne)


Le site d'Arçay, dans la Vienne est très intéressant, car il comporte sur un 
périmètre restreint deux dolmens et un tumulus  qui recouvrirait trois sépultures dolméniques.


Tumulus d'Arçay















À l’origine, tous les dolmens étaient recouverts par des pierres ou de la terre. On appelle ce recouvrement un tumulus. On distingue deux types de recouvrement suivant la nature du matériau utilisé : le tertre et le cairn.  Le tertre est un amas de pierre et de terre de forme circulaire ou ovale. Le cairn, quant à lui, désigne un tumulus dont la sépulture mégalithique est recouverte uniquement de pierraille.






Tertre tumulaire près de Bourbriac (Côte d'Armor)



























Tumulus dit " du Gros Dognon" près de Tusson (Charentes).



















La nécropole néolithique de Bougon (Deux-Sèvres) est un lieu incontournable pour
essayer de comprendre le phénomène mégalithique. Ce site comporte six
structures tumulaires bien distinctes.
Le tumulus F, (en photo ici )avec ses 72 mètres de long, ses 12 à 16 mètres de large
et sa hauteur de 3 mètres, est le monument le plus grand de la nécropole. Il est
formé de trois parties chronologiquement distinctes.
Le tumulus F0 a une structure de forme circulaire. En effet, son triple parement
concentrique renferme une chambre funéraire ronde en pierre sèche, d’un diamètre
de 2,5 mètres, et surmonté d’une fausse voûte à encorbellement Ce type d’architecture
s’est développé en maints endroits : tumulus des Cous à Bazoges-en-Pareds (85),
le Tholos de la Lauve à Salernes (Var), ou bien le cairn de Barnenez (29). Ce type
d’architecture n’est pas s’en rappeler les bories, constructions vernaculaires très
répandues en Provence. F0 a été daté de la première moitié du Vème millénaire av. J.C.
et serait l’un des monuments les plus anciens de la façade atlantique.
Au centre, on trouve un long tumulus (F1) accolé à la première structure mais dépourvu
de toute chambre funéraire, mais dans la masse du tertre, des sépultures ont néanmoins
été découvertes . La nécropole néolithique de Bougon (79) a été utilisé par les populations
pendant  plus de 3000 ans.

Entrée du tumulus F0




Le style d’architecture dolménique le plus ancien présente une fausse voûte à encorbellement, également appelée tholos par analogie structurelle et fonctionnelle avec les tholos mycéniens. Le dolmen est composé d’un long couloir et d’une chambre circulaire. Le couloir est matérialisé par des dalles de pierre dressées et recouvertes par d’autres monolithes. La chambre sépulcrale, circulaire, est délimitée par des murs de parement en pierres sèches. Sa voûte, également en pierre sèche, n’est pas s’en rappeler les bories, constructions vernaculaires très répandues en Provence.





Ces deux photos représentent des fausses voûtes à encorbellement. L'une a été prise dans la chambre funéraire du tumulus F0 de Bougon; l'autre dans une Borie sur les hauteurs de Salon de Provence. Plusieurs miliiers d'années séparent ces deux constructions, mais êtes vous capables de reconnaître la construction du néolithique?

Réponse: cliquer ici




















La visite du tumulus de Montiou, à Sainte Soline (Deux-Sèvres), permet
d’appréhender facilement ce type de construction de la fin du 5ème et du
début du 4ème millénaire. Ce tumulus renfermait trois dolmens. L’un
a été détruit, un autre est endommagé, mais permet de voir « en coupe »
la structure. Et, le dernier est intact. Avant d’accéder à la chambre funéraire,
il faut parcourir un couloir étroit et bas de plafond d’une longueur d’une dizaine
de mètres. De grosses dalles de pierre forment ses parois et sa couverture.
Les interstices entre les dalles sont colmatés par un appareillage fort bien ajusté
de petites pierres sèches.


La chambre funéraire rectangulaire du tumulus de Montiou est protégée
par une porte taillée dans une dalle de pierre. Sa paroi est totalement
composée de moellons de pierres sèches et sa couverture assurée par
une grosse dalle.







 
Le dolmen de la Sulette à Avrillé (Vendée) a conservé une partie de son
recouvrement en terre. On remarquera  aussi son portique d'entrée trilithe
qui le classe dans la catégorie des dolmens de type angevin.




















Cette vue intérieure du dolmen de la Sulette permet de voir le colmatage parfait
entre chaque dalle monolithe. On aperçoit également que le sol était dallé.




















Sépulture à entrée latérale du Petit Vieux Sou à Brécé (Mayenne).
Les fouilles réalisées sur le site la date du! 3ème millénaire avant JC et
ont livré 5 haches polies, 3 pointes de flêches et des fragments de 18 vases.
On accède à la chambre, longue de 11 mètre par un petit couloir qui lui est
perpendiculaire en son milieu.

























Le tumulus des Cous à Bazoges en Pareds (Vendée) possèdait à l'origine
une fausse voûte à encorbellement ou tholos. Ce monument est constitué
d'un ensemble de dalles monolithes réunies entre elles par des murs en
pierres sèches. On remarquera également l'utilisation de dalle comme linteau.





















Par pascal girault - Publié dans : photo
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Commentaires

bonjour, de très jolies photos et des textes assez sympas.


Je suis étudiant en archéologie et suis toujours très grand amateur de ce genre de sites, de plus j'ai lu qu'un ouvrage était en préparation, pourriez vous m'en dire plus? car je prépare aussi un ouvrage mais spécialisé sur la Touraine.


a bientot


Sylvain

Commentaire n°1 posté par sylvain le 21/06/2007 à 11h32
Merci de ta visite. Effectivement un ouvrage sur les mégalithes français est en préparation dont quelques images sont sur ce blog (la partie  concernant les menhirs a disparu??!!).
Réponse de pascal girault le 22/06/2007 à 17h02
Une belle page sur les mégalithes, avec quelques photos superbes (dont j'ai emprunté quelques).  J'ai fait un lien avec mon site
http://www.irishmegaliths.org.uk/dolmens.htm

Anthony
www.saint-antonin-noble-val.tk

Est-ce que vous faites des recherches sur les sculptures dites 'profanes' sur les églises romanes ?
Commentaire n°2 posté par Anthony Weir le 08/03/2008 à 12h24

Bonjour  Pascal,

Ton blog est vraiment très interessant , illustré par de belles photos, en plus... pourquoi les journées ne font-elle que 24h ?  Dès que je pourrai, je reviendrai  m'instruire.
Merci de m'avoir fait remarquer mon erreur .
Amicalement

Commentaire n°3 posté par Douar_Nevez le 14/10/2008 à 09h35

bonjour, je trouve moi aussi ce blog tres instructif et agreable, bonne continuation.

lucien

Commentaire n°4 posté par lucien sapet le 13/02/2009 à 19h55
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